Installer un traceur GPS sur un véhicule de fonction est légal en France, mais sous des conditions précises que beaucoup d’employeurs ignorent. Entre obligations déclaratives, droits du salarié et interdictions formelles, le sujet est plus balisé qu’il n’y paraît. En cas de manquement, les sanctions peuvent être lourdes, tant sur le plan administratif que pénal.
Une voiture de fonction, ce n’est pas une voiture de service
La distinction a des conséquences directes sur les règles applicables. Un véhicule de service est réservé aux déplacements professionnels et restitué en fin de journée. Une voiture de fonction, elle, constitue un avantage en nature : le salarié peut l’utiliser le week-end, pendant ses congés ou pour ses trajets personnels. Cette liberté d’usage rend la géolocalisation de véhicule plus encadrée, car elle touche directement à la vie privée.
Pour un véhicule de fonction, la loi impose une obligation technique concrète : un interrupteur « vie privée », physique ou applicatif, permettant au conducteur de couper le signal lors de ses déplacements personnels. Ce bouton n’est pas une option commerciale, c’est une exigence légale. L’employeur peut vérifier le nombre de désactivations, mais pas leur motif.
La règle vaut également pour les véhicules de service : la collecte de données de localisation doit s’arrêter à la fin du temps de travail. La CNIL est catégorique sur ce point, et la jurisprudence suit.
Ce que l’employeur peut faire, et ce qu’il ne peut pas
La CNIL reconnaît cinq finalités légitimes pour installer un dispositif de géolocalisation : protéger le véhicule ou le conducteur (sécurité, travailleur isolé), optimiser les tournées, justifier une prestation auprès d’un client, répondre à une obligation légale (transport de matières dangereuses, par exemple), et, en dernier recours seulement, suivre le temps de travail quand aucun autre moyen n’est envisageable.
En revanche, plusieurs usages sont formellement interdits. L’employeur ne peut pas surveiller en permanence ses salariés, géolocaliser des représentants du personnel dans le cadre de leur mandat, ni contrôler le respect des limitations de vitesse (prérogative de l’État). Il ne peut pas non plus suivre un cadre disposant d’une liberté totale dans l’organisation de ses déplacements. Toute collecte de données hors temps de travail, y compris pour prévenir le vol, reste illicite.
Avant tout déploiement, trois obligations s’imposent : informer chaque salarié par écrit (finalité, données collectées, durée de conservation, droits), consulter le Comité Social et Économique si l’entreprise compte au moins onze salariés, et inscrire le traitement au registre RGPD. Sans ces étapes, les données récoltées sont irrecevables devant un tribunal, et un licenciement fondé sur ces données risque d’être annulé.
Des sanctions réelles pour les entreprises qui s’affranchissent des règles
Les risques ne sont pas théoriques. La CNIL a infligé 125 000 euros à une société de location de véhicules pour avoir relevé la position de ses clients toutes les trente secondes, un rythme jugé disproportionné. D’autres sanctions ont atteint 40 000 euros pour surveillance excessive, ou 10 000 euros pour refus de communiquer à un salarié ses relevés après un accident. Sur le plan pénal, l’atteinte à la vie privée expose à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Les amendes RGPD peuvent, dans les cas les plus graves, atteindre 4 % du chiffre d’affaires mondial.
Le salarié, de son côté, ne peut pas refuser la géolocalisation si l’employeur respecte scrupuleusement le cadre légal. Un refus dans ce cas constitue une insubordination pouvant justifier une sanction disciplinaire. En revanche, si l’une des obligations n’est pas respectée, le droit d’opposition devient légitime.
La CNIL actualise actuellement sa fiche de référence sur ce sujet, dans le cadre d’une réflexion plus large sur les véhicules connectés. Pour les employeurs qui souhaitent anticiper, se tenir informé des évolutions en cours est aussi une forme de conformité. Les questions de droit économique liées aux nouvelles technologies en entreprise continuent d’évoluer rapidement.
